Nr./No. 2 April/Avril 1995
Selon un sondage américain récent, le mot Internet a été mentionné 25'047 fois dans les journaux, magazines ou autres publications de la presse écrite dans l'année 1994. Une année avant, ce nombre s'élevait à 8'835 et en 1980 seulement deux mentions ont été enregistrées. Cet exemple montre d'une manière évidente comment ce réseau électronique à échelle mondiale a pris sa place dans la vie quotidienne. Pourquoi ce phénomène est-il en train de se produire? Cette contribution a pour objectif de donner quelques éléments d'explication et de montrer les conséquences pour le monde des affaires à l'exemple du domaine financier qui a été surpris par le déroulement rapide des événements.
Internet: les facteurs de succès
Actuellement, le nombre d'utilisateurs du réseau télématique Internet se situe entre 30 et 40 millions, le volume du trafic se doublant tout les neuf mois. Selon une estimation récente, la Suisse compte environ 100'000 utilisateurs ou plus [Gerber 95]. La croissance s'est accélérée pendant les trois dernières années et elle est principalement due aux raisons suivantes:

Aux Etats-Unis, la mentalité des pionniers a beaucoup facilité le développement de ces nouveaux moyens de communications. Contrairement aux européens, ils ne se demandent pas d'abord quels pourraient être les dangers et les problèmes de ce nouveau monde télématique, mais ils essaient tout ce qui est possible et ils éliminent après ce qui n'a pas marché. Dans un monde ou les choses vont très vite, une approche différente est peu concurrentielle et normalement beaucoup trop lente.
En plus, la politique s'est rendu compte du potentiel de ce réseau global. Les visions et les programmes nationaux pour une infrastructure d'information donnent confiance aux investisseurs, et les autorités publiques à tout échelon offrent l'exemple et se présentent activement sur le réseau. Pour la plupart des politiciens suisses, le domaine des télécommunications se réduit malheureusement aux téléphones cellulaires.
Vidéotex, le système national d'information en Suisse, n'a pas su tenir le pas avec les développements rapides à l'étranger. Basé sur une technologie conçue il y a vingt ans, le système est tellement rigide qu'il n'est presque pas possible de l'adapter à l'âge des clients intelligents tels que les PC. Vidéotex n'utilise pas l'intelligence de l'équipement local et se prive ainsi aux améliorations énormes qui seraient possibles pour la présentation des services télématiques. Le statut monopolistique de Vidéotex sur le marché suisse, tout au contraire des facteurs de succès d'Internet discutés plus haut, n'a pas amélioré la situation.
Ce sont surtout les banques, principauxpiliers du Vidéotex, qui ont investi largement dans ce système et qui ont espéré un rendement beaucoup plus élevé. Mais malgré les efforts de marketing considérables de la SVIPA (Association Suisse des Fournisseurs de Télématique) et de ses membres principaux en 1994, Vidéotex n'a guère pu attirer de nouveaux clients. Pourtant les ménages suisses sont très bien équipés en matériel informatique. C'est une des raisons pourquoi la SVIPA ne capitule pas et pourquoi elle essaie d'obtenir le succès avec un projet de relance sous un nouveau nom (Swiss Online SA) et avec un financement du secteur privé [SVIPA 95]. Dans ce projet, l 'accès à Internet ne sera certainement pas oublié.
Pourquoi les banques suisses ont-elles de la peine avec le phénomène Internet?
Les banques savent très bien que lesservices télématiques pour le grand public peuvent être très intéressants quant à la rentabilité des prestations. C'est pourquoi elles ont commencé très tôt à offrir un choix assez grand de services sur le système Vidéotex. Pourtant les clients n'acceptaient que très lentement ces nouvelles prestations, car elles étaient (et elles sont toujours) compliquées et mal présentées, et les utilisateurs ne peuvent pas les adapter à leurs besoins.
Mais les banques voulaient un rendement sur les investissements accomplis et les clients étaient alors presque "forcés" d'utiliser les produits télématiques du Vidéotex par des mesures d'augmentation de prix sur les produits traditionnels. Maintenant les banques commencent à réaliser les possibilités de l'Internet, où on peut attirer de nouveaux clients par la facilité d'utilisation, le grand choix des ressources disponibles et une image moderne et positive. Alors quelles sont les raisons pour la lenteur d'acceptation de l'Internet par les banques en Suisse ? Voici quelques éléments d'explication :
"Cybercash", la nouvelle forme de la monnaie
Le domaine des méthodes électroniques de paiement est actuellement un des plus intéressants et des plus imprévisibles dans l'univers d'Internet. La société Mastercard vient d'annoncer la collaboration avec le producteur du logiciel le plus répandu pour le W3 et veut ainsi obtenir sa part de marché dans le trafic de paiement sur le réseau. A partir de la mi-1995, le logiciel populaire "Netscape" aura ainsi un module de paiement Mastercard intégré [Newsbytes 95]. Mais la concurrence ne dort pas et plusieurs projets dans le domaine financier se trouvent en phase de test ou d'installation [Project Oninternet] (tableau 1).
Nom Initiateurs du project Ecash DigiCash Inc. NetCash Software Agents Inc. (Netbank - The First National Bank of Cyberspace) CyberCash CyberCash Inc., Commerce Net NetBill VISA Inc. / Carnegie Mellon University First Virtual Payment System First Virtual Holdings Inc. NetCheque The Information Sciences Institute of University of S. California Ghostmarks University of Washington (Phantom Exchange Bank)Tableau 1: Les projets actuels les plus connus qui s'occupent du développement d'une monnaie électronique pour Internet.
Pour mieux vous situer dans la problématique, imaginez l'exemple suivant: En cherchant des informations sur les activités bancaires sur Internet, vous naviguez à travers le réseau et vous vous arrêtez sur les pages de la nouvelle édition électronique de INFORMATIK/INFORMATIQUE. Vous voyez le titre de cet article avec un bref descriptif du contenu et une petite remarque indiquant que si vous cliquez sur l'article pour le transférer sur votre PC, cela vous coûte 5 centimes.
Si vous devez payer cette transaction avec un bulletin de versement traditionnel, cela peut vite coûter plus d'un franc. Si vous vous procurez un article de l'étranger, le coût de la transaction augmente encore. Il est évident que les transactions sur le réseau nécessitent un mode de paiement plus adéquat. Le coût de la transaction pour le paiement de ces petites quantités d'information doit être très bas et le déroulement aussi facile que rapide. Bien sûr qu'il serait possible de s'abonner au magazine et de recevoir tous les articles comme c'est le cas avec l'édition imprimée. Mais dans Internet, le principe du "pay-per-use" est aussi important que le principe de l'abonnement. En utilisant des mécanismes automatisés de recherche d'information, on veut trouver des objets d'informations très particuliers à un instant spécifique et on n'est pas toujours intéressé à recevoir des informations à base régulière.
Si votre fournisseur d'accès au réseau comptabilise toutes vos dépenses faites dans Internet pendant une certaine période et si vous le payez à la fin de cette période, l'anonymat de vos achats n'est pas garantie. Mais si vous remplissez votre porte-monnaie électronique (c.à.d. un logiciel sur votre PC) avec de la monnaie électronique anonyme et certifiée par une instance crédible, vous obtenez alors l'équivalent du billet de banque traditionnel. Mais en plus, votre porte-monnaie électronique est intelligent et peut vous avertir si vous dépensez trop. Une fois la monnaie électronique émise, tout ce passe sans intervention d'une banque. La communication entre les logiciels sur les stations du vendeur et de l'acheteur suffit, ce qui permet des transactions rapides et peu coûteuses. L'anonymat des participants et la sécurité sont garanties par des processus mathématiques sophistiqués. Différents systèmes qui correspondent plus ou moins à l'exemple donné sont actuellement en test. Il n'est pas possible de prévoir lequel sera le plus répandu en fin d'année, mais il est sûr que plusieurs seront opérationnels dans quelques mois. Le tableau montre les projets les plus connus.
Les banques qui seront les premièresà émettre de la monnaie électronique dans Internet pour leurs clients ou qui vont au moins faciliter l'accès à cette monnaie électronique auront une bonne place de départ dans ce nouveau marché mondial sans frontières. En plus, chaque banque produit et transforme des quantités énormes d'informations. Si elle transforme seulement une petite partie de cette masse d'informations en produits télématiques accessibles à travers Internet, elle profitera du nombre de clients potentiels qui se trouvent déjà sur le réseau. Les "Internautes" aiment tous les services bien faits et ils sont préparés de consommer les produits qui seront offerts d'une manière convenable.
Vous trouverez des informations supplémentaires sur le serveur WWW de l'Institut d'informatique.
Faites vos remarques et discutez avec l'auteur.
[Edupage]Edupage 12/20/94: More Internet Stats. Mailing-list Edupage.
[Gerber 95]Gerber Beat: Internet kennt keine Grenzen. Tages-Anzeiger, 10.1.95, p. 31.
[SVIPA 95]SWISS ONLINE will den elektronischen Marktplatz Schweiz erschliessen. SVIPA Newsletter, Janvier/Février 1995, p.32.
[Newsbytes 95]Mastercard & Netscape Sign Online Transaction Deal 01/12/95. Newsbytes News Network, 12 Jan 95 21:34:27 GMT.
Nach einer kürzlichen Meinungsumfrage wurde das Wort Internet im Jahre 1994 25'047 mal in Zeitungen, Zeitschiften und anderen Publikationen erwähnt. Ein Jahr vorher betrug diese Zahl 8'835 und 1980 wurden nur zwei Erwähnungen registriert. Dieses Beispiel zeigt offensichtlich, wie dieses weltweite elektronische Netz seinen Platz im täglichen Leben eingenommen hat. Weshalb dieses Interesse? Dieser Beitrag hat zum Ziel, einige Elemente zur Klärung zu geben und die Auswirkungen für die Geschäftswelt zu zeigen am Beispiel des Finanzbereichs, der vom raschen Ablauf der Ereignisse überrascht wurde.
Richard Dratva. Études de sciences économiques à l'École des HEC à l'Université de Lausanne. Après quatre ans à la Société de Banque Suisse à Bâle, divers projets dans le domaine des opérations bancaires à distance à l'Institut d'informatique de gestion à l'Université de Saint-Gall (IWI-HSG).